Le projet que j’ai souhaité apporter en résidence au Collège Joséphine Baker de Saint-Ouen-sur Seine porte sur la métamorphose.
J’avais pour idée d’étendre mon sujet de recherche de master dont le mémoire s’intitulait Les Garçons-Fleurs, qui retrace l’histoire de la masculinité par le prisme des fleurs, avec comme genèse les récits d’Ovide.
De ce mémoire a découlé mon diplôme de cinquième année, intitulé Et lorsqu’il se penchait sur mes rives, je pouvais voir, au fond de ses yeux, le reflet de ma propre beauté, citation tirée du poème The Disciple d’Oscar Wilde, dans lequel le lac au fond duquel s’est noyé Narcisse parle de sa propre tristesse face à la disparition de Narcisse.
Le sujet des métamorphoses m’a paru idéal par plusieurs aspects.
D’abord c’est un sujet assez « universel », dans le sens où les métamorphoses sont des phénomènes qu’on peut retrouver dans beaucoup de cultures à travers le monde, et beaucoup d’enfants ont déjà eu à étudier un phénomène de métamorphose comme la mue du papillon.
Avec le projet des métamorphoses, j’ai dans un premier temps voulu proposer une ouverture de l’imaginaire. La métamorphose étant par nature un champ des possibles infini. Dans un second temps, je me suis rendu compte que l’appropriation par chaque élève de leur projet et de leur métamorphose leur apportait de la légitimité. La légitimité de leurs idées, de leurs envies, de leur corps, et j’espérais plus largement que cela les pousserait à se sentir plus légitimes dans leur vie de tous les jours.
Sur le plan matériel, j’ai choisi de proposer aux élèves ce que j’avais moi-même appris et aimé à l’EnsAD : le textile. Il y a deux raisons à cela.
La première c’est qu’il est très difficile de faire petit avec du tissu, plus on veut faire petit, plus il est nécessaire d’avoir des connaissance techniques, et je voulais que les enfants puissent voir grand / puissent faire grand.
Deuxièmement, le textile est une pratique qui demande un matériel dédié, qui n’est pas à la portée de tous. La plupart d’entre eux n’avaient jamais touché une aiguille et n’avaient jamais eu le loisir de toucher, palper, tripoter toutes sortes de textiles.
Alors durant une année scolaire, nous avons exploré de fond en comble le sujet des métamorphoses avec des ateliers, de la lecture, des films ; nous avons écrit leurs récits de métamorphoses individuels, et créé leurs costumes qu’ils ont pu vêtir pour notre défilé à la Serre Wangari de Saint-Ouen en juin 2025.